Pour héberger des charges de travail qui ne vous appartiennent pas, vous aurez tout d'abord besoin d'une machine conçue pour en exécuter plusieurs à la fois, et cela commence par le matériel sous-jacent.
Comprendre pourquoi un serveur est plus performant qu'un PC domestique
Un serveur d'entreprise et un PC domestique peuvent appartenir à la même famille de processeurs tout en étant conçus pour des usages totalement différents. Une machine d’entreprise d’occasion a été conçue pour être installée dans un rack et fonctionner trois équipes par jour pendant des années sans que personne n’y touche : des blocs d’alimentation redondants pour qu’une panne ne la mette pas hors service, de la mémoire ECC qui corrige les inversions de bits aléatoires au lieu de corrompre silencieusement les données, des baies de disques remplaçables à chaud et un port de gestion à distance (iLO chez HPE, iDRAC chez Dell, IPMI comme nom générique) qui permet de le redémarrer ou de visualiser son écran de démarrage depuis un autre pays. Un PC domestique, quant à lui, a été conçu pour être placé sous un bureau et être éteint la nuit.
Au fond, un ordinateur de bureau en tour bien équipé, ce n'est pas à peu près la même chose une fois qu'on y a ajouté suffisamment de mémoire vive ?
Mais pas pour longtemps. Dès que les charges de travail réelles commencent à s’accumuler, les systèmes de refroidissement et d’alimentation d’un ordinateur de bureau jouent en sa défaveur : les processeurs grand public sont bridés sous une charge soutenue sur tous les cœurs, car ils n’ont jamais été conçus pour maintenir un rendement maximal pendant plusieurs jours ; une alimentation unique signifie qu’une seule panne met toute la plate-forme hors service ; et sans gestion à distance, une machine bloquée oblige à se déplacer physiquement jusqu’à elle. Un serveur en rack intègre les mêmes spécifications dans un châssis conçu pour les supporter pendant des années, ce qui correspond exactement à ce dont a besoin une plateforme sur laquelle d’autres personnes comptent.
Préparer-se à gérer le bruit et l'alimentation électrique à la maison
La redondance qui garantit la fiabilité d'un serveur en fait également un appareil bruyant : les ventilateurs à remplacement à chaud, disposés de manière compacte et conçus pour assurer un débit d'air suffisant autour des deux processeurs en pleine charge, émettent un bruit qui s'apparente davantage à celui d'un aspirateur qu'à celui d'un ordinateur de bureau, car le châssis a été conçu pour fonctionner dans une salle de serveurs, hors de portée de l'ouïe de quiconque.
Est-ce que ce bruit de ventilateur est inévitable une fois que le serveur est en marche ?
Pas tout à fait. iDRAC et iLO permettent tous deux de contrôler manuellement les ventilateurs, et le fait de les faire sortir de leur courbe de fonctionnement automatique réduit sensiblement le bruit en veille ou en charge légère. Cependant, si l'on pousse trop loin sous une charge réelle, les processeurs se limitent pour se protéger, ce qui plafonne le niveau de silence que le contrôle manuel peut réellement apporter à un serveur en rack.
La consommation électrique est l’autre point à prendre en compte lors de la planification, et elle est inférieure à ce que laisse supposer la puissance nominale du bloc d’alimentation indiquée dans la fiche technique : un serveur 1U à deux processeurs Xeon, comme ceux mentionnés ci-dessus, consomme généralement environ 150 W en charge normale quotidienne, ce qui est bien inférieur aux 495 W qu’un seul bloc d’alimentation remplaçable à chaud est censé fournir en pic. Un fonctionnement continu pendant un mois représente tout de même un montant non négligeable sur la facture d'électricité d'un particulier ; il est donc judicieux de vérifier ce point avant de décider de l'exploiter chez soi ou de louer un emplacement dans un rack de colocation.
Définir les priorités des threads pour une charge de travail d'hébergement de machines virtuelles
Chaque machine virtuelle exécutée par l'hyperviseur se voit attribuer un certain nombre de processeurs virtuels (vCPU), et ces vCPU doivent être affectés à des threads physiques réels de l'hôte. Un processeur de serveur moderne expose deux threads logiques par cœur physique grâce au multithreading simultané ; ainsi, une carte à deux sockets équipée de deux processeurs à 16 cœurs offre 64 threads au total, soit le double du nombre de cœurs physiques. Pour une plateforme conçue pour héberger plusieurs machines virtuelles en parallèle, ce nombre de threads est plus important que presque tout autre élément figurant dans la fiche technique.
Pourquoi privilégier les threads plutôt que la fréquence d’horloge brute ? Parce qu’une plateforme d’hébergement exécute rarement une seule tâche exigeante à plein régime ; elle exécute simultanément de nombreuses tâches modestes mais intermittentes, chacune réclamant sa part de CPU immédiatement plutôt qu’une part plus rapide plus tard. Si l’on empile suffisamment de machines virtuelles sur un nombre trop restreint de threads, celles-ci commencent à faire la queue les unes derrière les autres pour obtenir du temps CPU, un problème connu sous le nom de « contention de voisin bruyant » : le pic de charge d’une machine virtuelle ralentit toutes les autres machines virtuelles partageant ses threads. Un plus grand nombre de threads signifie que davantage de machines virtuelles peuvent bénéficier simultanément d’un temps CPU réel et sans contention, ce qui est l’objectif même d’une plateforme d’hébergement.
- Nombre de fils au pouce : le facteur déterminant pour savoir combien de machines virtuelles peuvent fonctionner sans problème simultanément. Deux processeurs dotés de la technologie SMT gèrent facilement entre 32 et 64 threads sur un serveur de cinq ans en fin de contrat de location, ce qui offre une marge plus que suffisante pour un premier lot de machines virtuelles.
- Capacité de la mémoire vive : Chaque machine virtuelle réserve sa propre mémoire et, contrairement au temps processeur, cette réservation ne se partage pas facilement. Il est courant de trouver des cartes à deux sockets d'occasion dotées d'au moins 128 Go de mémoire, ce qui revient moins cher que d'acheter du matériel neuf.
- Type de stockage : Les SSD NVMe ou SAS prennent toute leur importance dès lors que plusieurs machines virtuelles effectuent simultanément des opérations de lecture et d'écriture, car un simple disque rotatif devient un goulot d'étranglement bien avant que le processeur ne le devienne.
Trouver un serveur d'entreprise d'occasion
L'achat de matériel d'entreprise neuf pour une première plateforme n'est généralement pas judicieux : un serveur qui coûte plusieurs milliers d'euros à l'état neuf est souvent disponible quelques années plus tard, à la fin d'un contrat de location, pour une fraction de ce prix, avec le même nombre de cœurs et les mêmes fonctionnalités de gestion à distance qui importent ici. Les entreprises renouvellent leur parc de serveurs selon un calendrier préétabli, que l'ancien matériel soit réellement usé ou non, ce qui explique que le marché de l'occasion regorge de machines véritablement performantes.
Avant d'acheter un serveur d'occasion : assurez-vous que l'annonce précise qu'il est fourni avec sa licence de gestion à distance et un nombre suffisant de supports de disques pour les baies dont il dispose. Pour vérifier cela, recherchez dans l'annonce les mentions « iLO Advanced » ou « iDRAC Enterprise », et comptez les supports visibles sur les photos fournies par le vendeur, plutôt que de partir du principe qu'ils sont inclus.
Consultez le site bargainhardware pour trouver un serveur prêt à l'emploi
bargainhardware.co.uk est un revendeur britannique qui assemble et teste sur commande des serveurs d'entreprise d'occasion, plutôt que de les vendre « tels quels », ce qui permet d'éviter une partie des incertitudes liées à un premier achat. La configuration ci-dessous est un exemple concret tiré de leur site : elle mérite d'être lue attentivement, car elle présente exactement les spécifications vers lesquelles la première partie nous a conduits.
Pourquoi ce modèle constitue-t-il un bon choix pour débuter ? Deux processeurs Xeon Gold à 24 cœurs offrent au total 48 cœurs physiques, et grâce au multithreading simultané, cela représente 96 threads sur un seul serveur 1U, ce qui est largement suffisant pour un premier lot de machines virtuelles. iDRAC Enterprise est inclus dans la configuration plutôt que vendu sous forme de licence séparée, ce qui correspond exactement à ce que l'avertissement ci-dessus recommande de vérifier. Grâce aux deux blocs d'alimentation remplaçables à chaud et aux huit ventilateurs redondants, la défaillance d'un seul composant ne mettra pas le serveur hors service. Le tout coûte moins de 600 € TTC, ce qui s'inscrit parfaitement dans le budget d'une première plateforme.
Consultez eBay pour découvrir les annonces individuelles
eBay propose les mêmes gammes de serveurs que bargainhardware, mais sous forme d'annonces individuelles provenant de nombreux vendeurs différents, plutôt que sous la forme d'un stock testé par un seul revendeur, ce qui se traduit par un choix plus large et une plus grande variété d'états. Il vaut mieux payer un peu plus cher pour une annonce d'un professionnel ayant réalisé des centaines de ventes de serveurs et proposant une politique de retour claire que pour une annonce de particulier sans historique et ne comportant aucune photo autre qu'une image d'illustration.
Aucune de ces deux machines n'est conçue pour prendre en charge la charge de travail d'un véritable client, ce qui est tout à fait acceptable à ce prix-là. Le Xeon E5506 du R610 et le Xeon X3360 du R200 sont tous deux des processeurs quadricœurs datant d’avant l’arrivée de l’hyper-threading dans la gamme Xeon ; leur limite est donc de quatre threads chacun, soit une fraction des 96 threads de la configuration « bargainhardware » présentée plus haut. Leur intérêt réside dans le fait de pouvoir se former sur du matériel en rack réel pour moins cher qu’une soirée en ville : démarrer Proxmox pour la première fois, se familiariser avec la gestion à distance et suivre chaque étape de ce guide une fois avant d’investir de l’argent réel dans une solution adaptée à une densité de machines virtuelles réelle.
Les anciens modèles Dell comme ceux-ci ne sont-ils pas toujours équipés de l'iDRAC pour la gestion à distance ?
C'est parfois le cas, mais cela n'est pas garanti sur du matériel aussi ancien, et aucune des deux annonces ici ne le mentionne. L'avertissement ci-dessus reste valable : demandez directement au vendeur si l'iDRAC est présent et sous licence avant de payer, plutôt que de le supposer uniquement à partir du nom du modèle.
Si des marques comme HPE ProLiant, Dell PowerEdge et Supermicro dominent le marché de l'occasion, ce n'est pas un hasard : les pièces détachées, les micrologiciels et la documentation correspondants restent faciles à trouver même des années après que l'acheteur d'origine s'en est séparé, ce qui s'avère crucial dès la première fois où il faut remplacer un disque dur à 2 heures du matin.
En résumé
- Un serveur en rack offre une alimentation redondante, une mémoire ECC et des fonctionnalités de gestion à distance dont ne dispose pas un PC domestique.
- Pour en faire fonctionner un chez soi, il faut tenir compte du bruit du ventilateur et d'une consommation électrique continue d'environ 150 W.
- Le nombre de threads est plus important que la fréquence d'horloge lorsqu'il s'agit d'héberger plusieurs machines virtuelles simultanément.
- Les serveurs HPE, Dell et Supermicro en fin de contrat de location proposés sur eBay ou sur bargainhardware.co.uk coûtent une fraction du prix du matériel neuf présentant les mêmes caractéristiques techniques.
Dans la section suivante, vous allez installer Proxmox VE en tant qu'hyperviseur permettant de transformer ce matériel en une plateforme.